"Carry trades en francs" : pourquoi ils vous concernent ?
- eyport62
- il y a 10 minutes
- 4 min de lecture

Pendant plus de vingt ans, le grand jeu des marchés de devises portait un nom : le carry trade en yen ou le financement des positions d’investissements en JPY.
On empruntait dans une monnaie à taux quasi nul (le yen) pour placer dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs.
En août 2024, un simple resserrement de la Banque du Japon a suffi à faire dérailler le mécanisme : le yen s'est envolé, les positions se sont dénouées dans la panique, et les Bourses mondiales ont tremblé pendant quelques jours.
En 2026, un candidat discret prend le relais du yen : le franc suisse. Et cela mérite votre attention, même si vous n'avez jamais fait de carry trade de votre vie.
1. Pourquoi le franc ?
La recette d'une bonne « monnaie de financement » tient en trois ingrédients :
un taux d'intérêt très bas,
une faible volatilité, et
une banque centrale prévisible.
La Suisse coche les trois cases. La BNS maintient son taux directeur à 0,00 % (inchangé en mars et en juin 2026), et un large consensus d'économistes l'attend encore à 0 % lors de la décision du 25 septembre — un seul, sur 41 sondés, envisage une baisse des taux d'intérêt à -0,25%.
L'inflation est proche de zéro. Dans ce contexte, emprunter en francs pour acheter des actifs mieux rémunérés (obligations en dollars, actions, marchés émergents) redevient attractif.
Plusieurs institutions, dont ING, décrivent désormais explicitement le franc comme une devise de financement montante, et les positions vendeuses des fonds spéculatifs sur le CHF ont grimpé au fur et à mesure que celles sur le yen se dégonflaient.
2. Le paradoxe du franc fort qui « s'affaiblit »
Tant que ce carry trade fonctionne, les investisseurs continuent à le mettre en place et exercent une pression baissière sur le franc : vendre du CHF pour acheter ailleurs, c'est mécaniquement l'affaiblir.
C'est une bonne nouvelle pour l'industrie exportatrice suisse et pour la BNS, qui lutte depuis des années contre un franc trop fort.
Voilà pourquoi la BNS n'a aucune envie de repasser en taux négatifs : un franc que le marché affaiblit « tout seul » fait une partie du travail à sa place.
3. Le risque, c'est le retour de bâton
Un carry trade est une machine à fabriquer du calme… jusqu'à ce qu'elle fabrique de la volatilité. Le franc reste la valeur refuge par excellence.
Au moindre choc — crise géopolitique, décrochage boursier, poussée d'aversion au risque — les investisseurs internationaux se ruent sur le CHF.
Les positions vendeuses doivent alors être rachetées en catastrophe, ce qui amplifie la hausse du franc. C’est le scénario d'août 2024 sur le yen, d’une appréciation brutale et auto-entretenue. Pour l'économie suisse aussi, ce serait le pire moment possible — le franc s'envole précisément quand les exportateurs souffrent déjà.
4. Ce que ça change concrètement pour vous, investisseur romand
Ce n’est pas théorique, si vous investissez sur les marchés étrangers en devises autres que le CHF, vous êtes implicitement en carry trades car vos revenus (sources de financement) sont en CHF. Donc vous êtes concernés.
Vos actifs étrangers non couverts sont exposés. Si vous détenez des ETF en USD ou en EUR, un dénouement du carry trade = un franc qui bondit = vos avoirs étrangers qui perdent de la valeur une fois reconvertis en CHF. Le risque de change n'est pas une abstraction : c'est le canal direct par lequel ce thème macro touche votre portefeuille.
La couverture de change (hedging) a un coût, mais un sens. Sur la poche cœur en actions monde, une version « CHF-hedged » réduit ce risque — au prix d'un léger frein de performance. Ce n'est pas tout ou rien : beaucoup couvrent la partie obligataire (où le change domine le rendement) et laissent la partie actions non couverte sur le long terme.
Le cash en franc n'est pas « mort ». Dans un monde où le CHF peut s'apprécier brutalement, détenir une réserve en francs est une forme d'assurance — pas seulement un rendement nul.
Ne pariez pas sur le timing. Personne ne sait quand un carry trade se dénoue — seulement qu'il le fait, vite et mal. La bonne réponse n'est pas de spéculer sur le franc, mais de connaître son exposition au change et de la dimensionner en conscience.
5. En résumé
Le franc devient l'une des grandes monnaies de financement du monde. C'est un signe de la stabilité suisse — et une source de fragilité cachée. Vous n'avez pas besoin de faire du carry trade pour en subir les effets : il vous suffit de détenir des actifs étrangers. La question n'est pas « faut-il jouer le carry trade en franc ? » mais « est-ce que je connais, et est-ce que j'assume, mon exposition au change ? »
Tu souhaites en savoir plus sur ton exposition et ton risque financièrs, TIG peut t’aider, contacte-nous ou réserve un entretien : Réserver un entretien individuel.
Cheers,
Etienne @ The Investor Group
31 août 2026
Cet article est fourni à titre éducatif et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.



Commentaires